Un dernier Surf Guide pour la route !

Antony Colas, le spotologue des Stormrider Surf Guides.

Le premier Stormrider Guide Europe est sorti en 2001. Premier du genre en Europe et premier du genre dans les guides de spots avec ses cartes, ses icônes, sa présentation, sa méthodologie. Génial pour les uns. Cris d’orfraie pour les autres. C’est la mort du surf tranquille. (Ce qu’on oubliait, est que dans les 70’s, années phares des aventures et sessions secrètes, Surfer magazine, tout en ne disant rien de la localisation de la vague de rêve mise en double page, vendait à la fin du magazine par correspondance des surf reports, ces fiches jaunes sans photos mais où tous les spots alors surfés y étaient répertoriés et décrits avec une précision quasi-scientifique.) Le débat fit rage, mais de toutes façons le Stormrider Guide ne faisait qu’enfoncer des portes ouvertes, les spots connus. Par contre le livre était autant un guide bien ficelé qu’une machine à rêver et à voyager… et voyager est une bonne chose. In fine, le voyage surf dépend toujours du swell qui l’accompagne ou pas, et être au bon endroit au bon moment est plus une affaire de circonstances que de parcours à la carte.

Ainsi le Stormrider Guide rentra dans les objets surf à avoir, au même titre que le quiver, la housse, la combi et la wax printemps, été, hiver… 

Derrière cette audace éditoriale un trio britannique, Ollie Fitzones, Bruce Sutherland, Dan Haylock et un Français, Antony «Yep» Colas, étudiant autodidacte en «spotologie» publiant là sa maîtrise. Devant le succès de l’ouvrage, ce Stormrider Guide Europe connut d’autres versions, avec chaque fois de nouvelles données territoriales, rentrées dans les mœurs communes. 

Puis en 2001, Colas et ses compères publièrent le premier volume de sa grande thèse en spotologie, le World Stormrider Surf Guide. Beau livre à la hauteur des belles et chatoyantes vagues du globe, répertoriées en zones océaniques. S’en suivit un autre volume, en deux livres conjoints, les spots continentaux et les spots insulaires… A chaque fois la même équation améliorée de l’utilité et du rêve, poussant à l’action et, à tout le moins, nourrissant les conversations (de surfeurs), chacun pouvant développer son érudition en spotologie avec des définitions et des précisions à faire pâlir le moindre local. Intelligemment l’équipe éditoriale se débrouillait parfois pour mettre celui-ci en photo pour illustrer le spot. Cette petit caresse sur l’égo, ajoutée d’autres considérations habiles, continua de faire des Stormrider, en reédition régulière, le livre de chevet (secret) de tout surfeur trippeur. (Sans parler du trafic de photocopies passant en sous-main, même chez les plus réfractaires, dénonçant les mecs qui se font du fric sur le surf, mais pas les derniers à en profiter. De bonne guerre.)

Mais après pas loin de trente ans de cette aventure éditoriale, mêlant les risques financiers, les difficultés de trésorerie (propre à tout éditeur) et le labeur harassant de la présentation graphique des données et de leur vérification au kilomètre près, à la virgule près… l’équipe est loin d’avoir fait fortune, chacun déployant un second métier pour vivre. Faut dire qu’entre temps, la pieuvre du numérique et de l’Internet est venu s’immiscer sur le territoire des spots (comme de tout !), y ajoutant même de la prévision météo doublée de caméra live, avec pour conséquence que là où le surfeur du Stormider Guide restait un «voyageur de tempête» apprenant à découvrir le territoire des autres, aujourd’hui avec genre magicseaweed.com, la formule de l’algue magique transforme, en un clic, le territoire d’autrui en un chez soi immédiatement de droit. Résulte la foire d’empoigne des spots avec beaucoup de surfeurs à l’eau sans considération de quoi que ce soit, trop enclins à satisfaire à l’immédiateté de leur désir, idéologie de l’époque oblige. Avec le Stormrider Guide, il fallait au moins prendre le temps de tourner les pages… (Cela dit, ne raillons pas, car de toute façons Dame Nature se charge vite de faire la leçon et mettant tout le monde d’accord !)

Tout cela nous amène à vous présenter la dernière publication du World Stormrider Surf Guide et qui sera sans doute la dernière. Entendez bien, la dernière ! Les années de labeur et la digitalisation à tout craint de notre époque googolisée ont eu raison de nos pionniers en spotologie, mais non sans un baroud d’honneur avec cet exceptionnel volume de rêve global et de surf local, couverture rigide, recouvrant 4000 spots et plus de mille photos sur 450 pages. Reprise améliorée (et plus) des publications précédentes en un seul livre qui se révèle comme l’aboutissement d’un incommensurable travail d’orfèvres. Pas la peine d’en dire plus. Si vous êtes partis pour surfer toute votre vie et que vous ne l’avez pas dans votre étagère, disons que vous aurez raté quelque chose. Un guide, c’est un fidèle compagnon, plein de ressources cachés ! Un ouvrage en spotologie de cette qualité, ça ne se refera pas (même si le papier n’a pas dit son dernier mot, Surfer’s Journal en acte !) Certes il est en anglais, mais l’iconographie de la spotologie des Stormider est universelle. Il vaut 55 €, mais c’est plus pérenne et ça dégage moins de Co2 qu’un vol sur Easy Jet et ce n’est que 

11 € chacun pour cinq potes qui font un cadeau d’anniversaire au sixième… En surfshops, en bonnes librairies, stormriderguides.com  —GS

Paru dans Surfer’s Journal 130

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