Hommage à John Severson


Vendredi 26 mai, John  Severson, 83 ans, par qui, le premier, le surf est devenu l’expression d’une culture, s’est éteint , en étant chez lui, entouré des siens et face à l’océan  qu’il a cheri toute vie. Natif de San Clemente, surfeur de cette Californie du sud encore sauvage des années 1950, il en exprima les vagues, la plage et le mode de vie d’abord par la peinture, son premier et véritable art, faisant de ses toiles des œuvres remarquables d’expressionnisme et de modernité picturale. Puis il fut cinéaste de surf à l’image de Bud Browne (son aîné) et de Bruce Browne (son contemporain), et en 1960, face au succès de son livret photos, The Surfer, qu’il vendait en projetant ses films, il créa Surfer magazine… En 1971, il vendit le magazine et s’installa avec sa famille à Maui (Hawaii), surfant, photographiant, peignant tout en diversifiant ses activités. Ce qu’il a fait jusqu’à sa dernière vague. En 1970, il réalisa un film majeur Pacific Vibrations, témoignant de l’évolution du shortboard, avec dans les vagues Jock Sutherland, Jeff Hakman… et surtout invitant à une prise de conscience écologique urgente, Severson ayant assisté à l’urbanisation de la Californie et à la construction de la centrale nucléaire à côte de San Onofre (Trestles). En 2011 Surfer magazine l’honora.

Une jolie histoire cocasse

Je l’avais rencontré  à l’occasion d’une grande exposition de ses tableaux et photos à Paris hiver 2005, puis j’ai eu cette histoire avec lui, au sujet de Pacific Vibrations.

Un jour débarque au village, à Guéthary, un Allemand avec un gros camion dans lequel celui-ci habitait et vivait comme un nomade. Il surfait un peu, aimait cette culture. C’était aussi un collectionneurs de vieux films dont il avait des copies, ces bobines sorties illégalement du circuit de distribution circulant sous le manteau. Dans ses boîtes métalliques empilées dans son camion, il avait un trésor Pacific Vibrations et également un vieux projecteur 16 mn qui marchait .
Sachant cela, je lui proposai avec le club de surf, Urkirola dont je m’occupais, d’organiser une projection, dans la tradition des projections des surf movies des 60’s. Je trouvai une salle adjacent à un bar et comme il n’avait pas de son avec son projecteur, on mit des vinyles 70’s  sur une platine en bande son du film. Il était aidé d’un autre Allemand, Armin, passionné de surf (et qui, lui, plus tard resta des années au village en vivant dans son camion). On fit cette projection gratuite, un peu underground, pour les surfeurs du coin. Ce fut un beau moment partagé par tous, d’autant que ce film était une façon de présenter une époque du surf que beaucoup n’avaient pas connue.
Je trouvais l’histoire assez cocasse et je demandais à Steve Pezman de Surfer’s Journal s’il avait le mail de Severson pour que je lui raconte les faits. Ce que je fis avec amusement et aussi avec un peu de fierté à lui narrer cette trouvaille insolite de son film que j’avais du coup montré à un jeune public, dans la tradition des projections hors circuit des surf movie 60’s en Californie. John en prit acte  avec plaisir et humour, mais ajouta qu’il aurait aimé récupérer la copie du film.
Je lui répondis que j’allais en parler à l’Allemand, mais que je doutais de la réponse de ce dernier. Celui-ci fut honoré de la réponse de John, mais il était collectionneur, entendait garder les bobines de ce film culte qu’il avait déniché via Internet. Je répondis cela à John qui me fit remarquer que c’était pas très légal, ce que je comprenais. Mais en même temps j’expliquais à Severson que cet Allemand, nomade et un peu rêveur, était dans l’esprit 60’s des surfeurs-voyageurs. Et je lui expliquais que justement cet Allemand avait l’intention de partir au Maroc projeter ses films…projet qui me paraissait un peu barré, mais me faisait marrer. Peu de temps après, il partit avec son camion et son projecteur, et ne revint jamais…
Il s’ensuivit avec Severson un échange sympa de mails où la fatalité des circonstances liées à l’Allemand et l’humour l’emportèrent. Je lui demandais, pour le souvenir, s’il pouvait m’envoyer une carte postale dessinée de sa main. Il me dit Ok en échange d’un abonnement au Surfer’s Journal français pour son gendre. Puis je reçus la “carte postale” ! Une jolie aquarelle avec les scènes de surf du jour à Maui, pleine d’attention donnant toute sa tonalité à la conclusion de notre histoire…

Une carte postale qui illustre aussi ce coup de pinceau qu’il était le seul à avoir, pour exprimer avec tant de justesse l’intimité qu’on noue avec le surf dès lors qu’on est un surfeur passionné… comme il le fut toute sa vie durant. Hommage à lui.

— Gibus de Soultrait

(Voir aussi le livre John Severson’s surf, Editions Damiani, 2014, 35 €

A propos

Surfer’s Journal offre tous les deux mois une source incontournable de plaisir de lecture et de découvertes. Une revue qu’on conserve et collectionne.

 

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