Lever de Terre, photo historique prise le 30/12/1968 depuis l’orbite lunaire lors de la mission Apollo 8, par James Lovell, membre de l’équipage.

 

En prenant cette photo inédite de la Terre vue de la Lune alors qu’il tourne autour de celle-ci avec la mission Apollo 8, en décembre 1968, James Lowell dit: «L’immense solitude est inspirante. Cela fait prendre conscience de ce que vous avez sur la Terre.»
On connaît la phrase célèbre de Niel Amstrong qui, sept mois plus tard avec la mission Apollo 11 pose, le premier, son pied sur la Lune: «Une petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité.» Lorsqu’à son tour, son co-équipier Buzz Aldrin marche sur le sol lunaire, il décrit cependant celui-ci comme d’«une magnifique désolation».
A ce moment-là, fin 60’s, l’humanité est pleine de rêves. D’aller sur la Lune donne à certains le rêve d’aller encore plus loin dans l’espace. Sur Terre, certains rêvent de (toujours plus) s’enrichir grâce à la dynamique économique concurrentielle du capitalisme comme force de progrès, d’autres à l’inverse spéculent sur la puissance révolutionnaire de l’élan collectif et partagé pour garantir et assouvir l’intérêt commun, d’autres encore s’éloignent de tout cela au nom d’expériences utopiques diverses, menées à la marge et se nourrissant encore sur Terre d’assez de virginité, de contrées naturelles pour croire en leur pérennité et à la résistance d’un ailleurs faisant rêver (exemple les surfeurs). Puis pour la grande majorité des peuples et des individus, dans leur chair, dans leur genre, s’expriment le rêve, le combat d’une émancipation à même de les sortir de la tutelle politique et sociétale dont ils subissent l’autorité et la violence.
Prendre conscience de ce que l’humanité a sur la Terre, comme y invite Lowell, n’est pas la priorité, le genre humain continuant son processus civilisationnel antagoniste et tumultueux de surtout vivre et rêver pour lui-même. Pourtant, juste quelques années plus tard, en 1972, un rapport scientifique sérieux (le rapport Meadows) alerte haut et fort le monde des décideurs et leurs conseillers d’orientation qu’à ce rythme-là, la Terre est en jeu. Aveuglement de prendre notre planète comme le puits sans fond de rêves humains seulement tournés sur eux-mêmes.
Aujourd’hui, et dans la perspective à laquelle l’humanité continue de s’aveugler écologiquement, pas beaucoup d’espace sur Terre n’échapperont à cette «magnifique désolation» dont s’exclame Aldrin en marchant dans la poussière sans vie du sol lunaire, tout en s’émerveillant de ce que le genre humain est capable de réaliser technologiquement, en l’ayant justement conduit sur la Lune. Magnifique d’être là, d’en arriver là, mais quel paysage désolant, à l’instar désormais des fonds océaniques ravagés par les chaluts industriels de la surpêche ou des champs laminés par des décennies de pesticides, pour ne citer que ces exemples des nombreux enjeux cruciaux actuels de la Terre
Pour autant, tous les scientifiques, attelés dans leurs recherches à ce qui fait la vie sur Terre, ne cessent dans leurs cris d’alerte de le dire: notre planète bleue est d’une incroyable résilience dès lors qu’on la met en priorité, qu’on la place en écoute et action prioritaires dans ce qui nous fait vivre sur Terre. C’est sans doute là un rêve, celui de «rêver de la Terre». Non pas rêver d’horizons sur Terre, comme y inclinent encore trop d’humains dans un impasse narcissique idéologique de plus en plus palpable malgré leur grandiloquence. Mais la Terre comme horizons, avec tout ce que celle-ci est capable de faire revivre et contient encore pour vivre, loin de la désolation et dans la diversité. Seule vie d’avenir et à notre portée.
Un rêve que nous avons voulu marquer dans ce numéro avec la publication d’un reportage reçu à brûle-pour point,
celui du secret spot d’un Sanctuaire sauvage, page 91. Un rêve qui ferait prendre conscience de ce qu’on a sur la Terre.
Bon surf, continuez de rêver (de la Terre !).

Gibus de Soultrait

Dans Surfer’s Journal 171