Second souffle au Maroc

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Thomas Queyraud , alais Tombottom, réalisateur de Alombre et de Second Souffle – DR

L’avantage à être un autodidacte est qu’on n’est pas formaté, qu’on n’a pas de préjugés et qu’on crée librement. Le risque cependant est de manquer de repères, de se perdre ou sinon de tomber dans une forme d’autosatisfaction de ce qu’on fait. A 26 ans, Thomas Queyraud, alias Tombottom est l’auteur de déjà deux films de surf (Alombre, 2015 et Second Souffle, 2016) qui ont pour eux une vraie originalité créative, guidée par un esthétisme étonnamment maîtrisé pour un jeune autodidacte.

Fils d’un père surfer, travaillant dans l’événementiel et consultant, Thomas est un skater bordelais passé surfer à 15 ans quand la famille déménagea à Carcans. L’apprentissage dans les vagues fut quasi instinctif et aujourd’hui le surfer girondin manie aussi bien le longboard que le shortboard, gagnant sa vie comme moniteur au surf club de son patelin, pendant la saison estivale.

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Edouard Delpero, près à jaillir avec le souffle…-DR

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Youssef, qui fait danser le longboard dans le film-DR

Le goût pour la caméra, il l’a toujours eu, son père lui laissant dès son plus jeune âge le caméscope familial entre les mains. Puis un jour tombe entre ses mains September Sessions réalisé par Jack Johnson (qui fit aussi la musique du film) et «et là ce fut un déclic, je l’ai vu quatre fois». Thomas voit dans cette épopée cool de quatre surfers (Slater, Dorian, Williams et Machado), aux Mentawai, tournée en 16 mn en 2002, la concrétisation de ce qui germe en lui, tant dans sa vision du surf que dans son approche cinématographique. N’ayant pas les moyens de partir à l’autre bout du monde, il réalise alors son premier film sur place, dans le Médoc. Il s’appuie localement sur deux bons surfers qu’il connaît bien, le Canaulais Adrien Vallero et le Tahitien Heremoana Luciani, installés dans la région, pour donner de l’action à son film. Mais Alombre est plus qu’un film de surf, donnant à cette terre isolée du Médoc en hiver toute sa présence, toute sa puissance, grâce aussi aux témoignages de ses habitants. Au travers de ce film dont il compose lui-même la musique grâce un petit clavier et à Logic Pro, Tombottom affiche un style à lui, avec des cadrages cinéma étudiés et une coloration marquée des images. Après une première projection festive rassemblant plus de 1500 personnes à Darwin (Bordeaux), Alombre suit la route des festivals de films de surf en Europe, doublé d’un bouche à oreille bienfaiteur pour le jeune réalisateur.

Celui-ci a déjà la tête dans son second film. Il rêve d’aller tourner à Tahiti. Mais faute de budget suffisant, il investit ses économies et son temps libre sur une destination plus proche, le Maroc. Heremoana et Vallero, qui connaît bien ce pays, font partie du voyage. Tombottom élargit aussi le choix de ses surfers en y ajoutant Youssef Drouih, Selim Barkat, installés à Taghazout et avec qui il va partager trois mois de l’hiver 2015-16. Puis cerise sur la gâteau, Edouard Delpero et Vincent Duvignac rebondissent sur une houle pour quatre jours de tournage déterminants. Les images en boîte, Thomas s’isole à nouveau pendant les trois mois du printemps pour monter son film et en composer la musique. Passée la saison estivale des cours de surf, le réalisateur fignole les derniers détails de Second Souffle. Fidèle à son attachement à Darwin, il y renouvelle la première de son film devant un public connaisseur. Parmi celui-ci, Delpero et Duvignac qui se découvrent avec ravissement dans un film dont ils n’imaginaient pas la stylisation cinématographique. Et leurs vagues jettent !

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Edouard Delpero, Adrien Valero, Thomas Queyraud et ses collaborateurs, lors de la projection de Second Souffle en première à Darwin à Bordeaux

Second Souffle est dans la lignée d’Alombre même si l’ancrage territorial est moindre, remplacé par des témoignages des surfers sur la motivation de leur passion. Tombottom rythme joliment le noir et blanc et la couleur, les ralentis et les actions à vitesse normal. Les cadrages sont soignés. Les paroles et le visage du père d’Adrien Vallero donne à ce film une sagesse et une franchise savoureuses. Au final, les applaudissements ne manquent pas pour un film où Thomas Queyraud, même si la surprise y est moindre, confirme son talent d’autodidacte exigeant. La trilogie de ses films devrait le conduire l’année prochaine à Tahiti où le réalisateur entend bien ajouter la dimension aquatique à ses prises de vue. Et nul doute qu’il saura y trouver les angles et les couleurs.

Paru dans Surfer’s Journal 117

Second Souffle, 52 mn, disponible en téléchargement sur vimeo.com, au prix de 9€ sur on demand. Sinon à suivre en 2017 dans les différents festivals. 

 

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